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La part, chez Courbet, de l'atavisme familial et géographique
est évidente. Le père, mi-hobereau, mi-paysan, un "cudot",
synonyme franc-comtois de "chimérique", le grand père
maternel, fidèle aux principes de 1789, la mère, prudente
Sa vocation s'affirme très tôt. Après des études
quelconques au petit séminaire d'Ornans, puis à Besançon
où il s'initie à la peinture et pratique la lithographie,
il va à Paris, en 1840, pour faire son droit, en vérité
pour peindre. Ses débuts sont obscurs; on sait qu'il fréquente
plusieurs ateliers en élève libre. Mais, s'il s'échappe
au cursus académique, on ne doit assurément pas sous-estimer
Le peintre s'affirme au salon de 1849. Parmi les sept toiles qu'il envoi, si l'homme à la ceinture de cuir (Louvre), "étude des Vénitiens" comme il est précisé, reste dans la lignée des autoportraits précédents, l'Après-dîner à Ornans (Lille) apporte quelque chose de nouveau. Cette réunion d'amis surprend par son format; Courbet ose traiter en grand la scène du genre. Aussi bien, l'influence d'un voyage fait en hollande en 1848 a-t-elle été décisive : "Rembrandt charme les intelligences et il étourdit les imbéciles [...], Van Ostade, Van Craesbeek me séduisent." Le romancier et critique Champfleury ne s'y trompe pas et égare l'oeuvre "aux grandes assemblées de bourgmestres de Van der Helst". Le rapprochement est à moitié juste (Courbet était plus prés des peintres monochromes que du brillant de Van der Helst), et le tableau trop sombre à mal vieilli, mais il sacrait un peintre original, depuis toujours étranger à l'idéalisme ingresque, désormais libéré du romantisme.
Faire vrai ce n'est rien pour être réaliste, c'est faire laid qu'il faut, rime Théodore de Banville. Le contresens que l'oeuvre de Courbet n'allait cesser de susciter est là. En fait, l'Enterrement est une page d'humanité où Courbet, avec une attention scrupuleuse et la sympathie d'un " pays ", montre comment un village réagit devant la mort. " Est-ce la faute du peintre, dit Champfleury, si les intérêts matériels, les égoïsmes sordides, la mesquinerie de province [...] clouent leurs griffes sur la figure, éteignent ces yeux, plissent les fronts? " Mais Courbet n'a oublié ni l'émotion ni l'affliction vraie, et sa comédie humaine est aussi complexe que celle de Balzac. la leçon satirique, le jugement moral sont second; le réel, en fait, est magnifié, devient vérité générale grâce à la largeur du traitement, à la science du groupement désordonné des assistants, au lyrisme de la couleur : Vélasquez et Hals peuvent être évoqués. Désormais, Courbet est sacré par la critique comme le chef des réaliste aux côtés de Champfleury. Les provocations du personnage, les propos tenus à la brasserie Andler, lieu de réunion du cénacle, expliquent la célébrité tapageuse qui va être celle de l'école. Mais il faut n'accepter qu'avec prudence les appellations. Lorsque Courbet, à l'Exposition internationale de 1855, décidera hardiment d'organiser une présentation séparée de ses oeuvres, il s'expliquera dans la préface de son catalogue : " Le titre de réaliste m'a été imposé comme on a imposé aux hommes de 1830 le titre de romantiques. [...] Etre a même de traduire les moeurs, les idées, l'aspect de mon époque, selon mon appréciation, [...] en un mot faire de l'art vivant, tel est mon but. " Aussi bien Courbet voit-il avant de penser. Les casseurs de pierres (Salon de 1850-51, détruit à Dresde durant la dernière guerre) peinture socialiste selon Proudhon, sont nés d'abord d'une rencontre, d'une vision de misère sur une route: " C'est sans le vouloir, simplement en peignant ce que j'ai vu, que j'ai soulevé ce qu'ils appellent la question sociale." Un "oeil", avait dit Ingres de Courbet, et il semble bien
que le goût de peindre soit premier. Les demoiselles de village
En même temps, sous l'influence de Proudhon, comme poussé
par sa propre réputation, Courbet se convainc qu'il est un peintre
socialiste et se dit avoir participé à la rédaction du Principe de
l'art et de sa destination sociale (1865), qui propose une nouvelle
lecture de son oeuvre : ainsi la nudité déformée des
L'Atelier du peintre,
"allégorie réelle, intérieur
Paradoxalement, Courbet triomphe
avec les tableaux sans "problèmes".La femme au perroquet
Le peintre à succès mérite alors la Légion d'honneur, que le socialiste olympien n'hésite pas à refuser. La guerre de 1870, les événements de la Commune vont bouleverser le cours de la vie de Courbet. Président de la commission nommée par les artistes pour veiller à la conservation des musées et richesses d'art, il joue le rôle d'un directeur des beaux-arts. Il se signale avec la pétition du 14 septembre 1870 demandant le déboulonnage de la colonne Vendôme, "monument dénué de toute valeur artistique, tendant à perpétuer par son expression les idées de guerre et de conquêtes que réprouve le sentiment d'une nation républicaine"; il est présent lorsqu'on abat la Colonne le 16 mai 1871. Après l'effondrement de la Commune, Courbet le "révolutionnaire" est arrêter et traduit en conseil de guerre. Condamné à six mois de prison, il purge sa peine à Sainte-Pélagie. Là, le peintre donne certains de ses tableaux les plus savoureux de texture, en particulier une série de natures mortes aux fruits, ou peint de mémoire marines et paysages avec un dépouillement et un amour qui émeuvent. La suite de sa vie est marquée par le souci de ses dettes; on le refuse au salon de mai 1873; lorsque l'Assemblée adopte le projet de reconstruction de la colonne Vendôme et que Courbet est rendu solidaire des frais, il doit s'exiler en Suisse. La vente judiciaire de 1877 l'accable, et il meurt le 31 décembre. "Ne le plaignons pas [...], il à traversé les grands courants [...], il a entendu battre comme des coups de canon le coeur d'un peuple et il a fini en pleine nature, au milieu des arbres", dira en guise d'oraison funèbre cet autre réfractaire que fut Jules Vallès. |
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